Une jeune fille israélienne délivrée des filets d’une secte missionnaire en Suisse

15/03/2011

Alors que l’opération semblait avoir enfin réussi, un message menaçant a été enregistré sur le répondeur du téléphone de l’une des militantes de Yad Lea’him en Suisse : « Si, d’ici 24 heures, vous ne rendez pas ce que vous avez pris, une plainte sera déposée à la police pour enlèvement ». La jeune fille qui avait été délivrée du couvent s’est finalement apaisée : « Cette fois-ci, c’est vrai… ».

A la minute où l’avion El Al décollait de l’aéroport de Zurich, plusieurs personnes dispersées dans tous les coins du monde ont poussé le même soupir de soulagement. Au service d’urgence des bureaux de Yad Lea’him à Bnei Brak, plusieurs hommes se trouvaient dans le plus grand stress : Rav Chalom Dov Lifschitz, le président de l’organisme ; Rav Israël Lifschitz, l’un des directeurs ; Rav Yossef Ganz – le directeur général ; et Rav Alex Artovsky, directeur du département de lutte contre la mission.

Au même moment, M. Yehochoua Lapidot, un représentant de Yad Lea’him en Suisse, a téléphoné au chef de la police qui attendait des nouvelles avec impatience et lui a transmis le message suivant : « L’avion a décollé à destination d’Israël. La jeune fille est à bord ». C’est seulement à partir de cet instant-là que la vie a pu reprendre son cours, même dans l’appartement secret où la prisonnière avait résidé pendant les quelques jours précédant son voyage.

Ainsi, on a vraiment pu considérer cette opération de sauvetage héroïque, dans laquelle étaient impliqués l’organisme Yad Lea’him, la police suisse, le préfet de Zurich et la délégation suisse de l’organisme, comme couronnée de succès. La jeune fille qui était retenue prisonnière par une secte missionnaire anonyme et dangereuse était finalement rapatriée en Israël.

Une adresse secrète et suspecte

Tout a commencé trois semaines auparavant, lorsqu’une femme demeurant dans une petite localité d’Israël a contacté le département de lutte contre la mission et les sectes de Yad Lea’him, pour les informer que sa fille avait disparu et qu’elle soupçonnait une intervention des missionnaires. Quelques renseignements suffirent pour apprendre que la jeune fille, qui souffrait de problèmes psychologiques, avait rejoint une secte nommée « Brit Hayona » dont le centre israélien se trouvait à Nazareth, et dont le siège était en Suisse.

Son directeur s’appelle René Chetat, un Juif converti au christianisme qui dirige la secte par le biais d’activités de soutien et d’aide aux jeunes en détresse. Lorsque les hommes de Yad Lea’him ont commencé leurs démarches, la jeune fille se trouvait déjà en Suisse. Cette information put être confirmée lorsque la mère téléphona au centre de la secte à Nazareth, en exigeant un numéro de téléphone où elle pourrait joindre sa fille.

Au cours de la conversation, la mère comprit que sa fille désirait de tout cœur revenir en Israël chez sa famille, mais qu’elle n’avait aucune possibilité de quitter le lieu inconnu où elle se trouvait et où elle était forcée d’accomplir de lourdes tâches du matin au soir. Déjà à ce stade,  chez Yad Lea’him, on avait compris qu’il ne s’agissait pas d’une opération classique.

C’est pourquoi le Rav Chalom Dov Lifschitz, président de Yad Lea’him, décida de faire appel à M. Yehochoua Lapidot, un homme impliqué dans les affaires juives publiques en Europe et militant de l’organisme en Suisse, qui avait été dans le passé un militant expérimenté dans les services de secours de Yad Lea’him en Israël. Celui-ci a dû utiliser tous ses talents et son expérience des dizaines d’années précédentes, pour repérer la jeune fille et la rapatrier en Israël dans les plus brefs délais.

« Dès que j’ai reçu l’appel de Rav Lifschitz et que j’ai compris ce qui se passait », relate M. Yehochoua Lapidot au cours d’une entrevue spéciale, « j’ai immédiatement revécu les journées de combat auxquelles j’avais eu le mérite de participer il y a plus de trente ans. Le numéro de téléphone où la mère avait joint sa fille a immédiatement allumé une lumière rouge dans mon esprit, vu qu’il correspondait à deux adresses anonymes sur la frontière suisse-allemande-française. J’ai compris plus tard l’importance de cette adresse pour les odieux personnages qui dirigent les centres de la secte. J’ai commencé mes démarches en essayant de contacter la jeune fille qui – de toute évidence – était détenue à l’une des adresses correspondant au numéro de téléphone, mais en vain.

J’ai donc compris qu’il fallait se mettre directement en contact avec elle. Et après avoir pris conseil auprès du Rav Lifschitz qui a dirigé cette opération dans les menus détails, j’ai fait intervenir deux dames qui s’investissent régulièrement dans la communauté juive de Zurich. A ma grande joie, elles ont tout de suite accepté de participer à cette grande mitsva de rachat de captifs, et ont fait preuve d’un tel enthousiasme que je me suis vu contraint de refréner leur motivation. Cependant, il s’avéra que c’étaient elles qui avaient raison ».

Mme D., qui a pris part à l’opération, rapporte : « J’ai téléphoné au numéro de téléphone que M. Lapidot m’avait transmis, et j’ai demandé dans un allemand parfait à parler à la jeune fille dont on m’avait transmis le nom. La femme qui a décroché m’a demandé si j’étais de sa famille, et j’ai répondu que j’étais une amie. Quelques secondes plus tard, j’ai entendu une voix d’homme sèche et stricte : « Vous ne pourrez pas lui parler. Seuls les membres de sa famille peuvent la contacter, et uniquement le samedi et le dimanche ». Et le téléphone fut brusquement raccroché ».

Deux vieilles dames innocentes

A ce moment-là, les deux militantes ont informé le préfet de la situation, et celui-ci a immédiatement affirmé : « Je ne permettrai pas d’activités missionnaires au sein d’une ville dont je suis responsable ». Il les informa qu’il réquisitionnait la police, et que le chef de la police les contacterait au plus tôt. Craignant des complications, M. Lapidot et les deux dames étaient réticents, cependant il était trop tard pour faire marche arrière.

Et Mme D. de continuer : « Quelques minutes plus tard, j’ai été contactée par un policier, qui avait été chargé de se rendre à l’adresse correspondant au numéro de téléphone. Je voulais l’accompagner, mais il a refusé, prétextant que la police n’avait besoin d’aucune aide. Il m’a néanmoins assurée qu’il me donnerait des nouvelles dès que possible ».

Selon l’habitude de Yad Lea’him, Rav Yossef Ganz a immédiatement envoyé un message à Rav Lifschitz, afin qu’il demande à tous les militants de l’organisme de réciter des Tehilim pour la libération d’une jeune fille retenue prisonnière chez des non-Juifs. Un quart d’heure plus tard, le téléphone portable de Mme D. sonna. Le chef de la police était au bout du fil, très mécontent : « Il me semble que vous devez des excuses à deux vieilles dames innocentes pour ces informations erronées. Nous avons fait incursion dans leur appartement et n’y avons trouvé aucun signe prouvant la présence d’une jeune fille emprisonnée. Ces dames n’ont pas du tout compris la raison de notre venue ».

Mme D. ne perdit pas ses esprits : « Je suis certaine qu’à l’adresse correspondant au numéro de téléphone que je vous ai communiqué, une jeune fille israélienne se trouve emprisonnée contre sa volonté. Si elle ne se trouve pas dans l’appartement, c’est qu’elle a été transférée. Je vous conseille de ne pas abandonner si vite… » Trois quarts d’heure sont passés sans aucune nouvelle, dans une atmosphère de tension intense. Puis le téléphone a sonné à nouveau. C’est le même policier, qui a transmis l’adresse où il se trouvait et annoncé que la jeune fille se trouvait avec lui : « Elle veut effectivement retourner rapidement en Israël, venez la chercher au plus vite ! »

Le pied dans la porte

Mme D., ainsi que la deuxième dame recrutée par M. Lapidot, se se sont rapidement rendues sur les lieux. « Nous étions persuadées que les policiers nous attendaient, cependant, nous avons trouvé la porte verrouillée. Nous avons sonné, et la porte s’est ouverte. A l’entrée, se trouvait un homme avec, à ses côtés, la jeune fille qu’on m’avait décrite, les yeux rouges de larmes. Je me suis adressée à elle en hébreu et l’ai appelée par son nom. Je lui ai demandé si elle voulait retourner en Israël, et elle a immédiatement répondu : « Bien sûr, je veux rentrer en Israël à la maison ». Je l’ai bien sûr informée que c’était la raison pour laquelle j’étais venue.

Tout à coup, surgit une complication inattendue. L’homme qui s’était présenté comme le responsable des lieux, a obstrué l’entrée avec son pied, m’a regardée droit dans les yeux et a déclaré : « Vous n’avez pas le droit d’entrer et elle ne viendra pas avec vous. Nous devons d’abord délibérer ». Je ne suis pas laissé impressionner et ai répondu : « Je n’entrerai pas. Si vous désirez me parler, cela peut se faire ici, à la porte ». Mais l’homme insista : « Cette fille se trouve sous ma responsabilité, je dois savoir à qui je la confie ».  Mais je lui ai répondu : « Dans la mesure où la police a fait intrusion chez vous, elle ne se trouve plus sous votre responsabilité ».

L’homme essaya d’engager la conversation, cependant Mme D. l’informa qu’elle ne continuerait pas à parler tant que la jeune fille se trouverait dans la maison. Voyant qu’il s’entêtait, la deuxième dame s’empressa d’alerter la police. Saisi de frayeur, l’homme libéra la jeune fille, tout en criant : « Vous êtes rentrées chez moi sans permission ! » Cependant, les deux femmes s’empressèrent de quitter les lieux, de faire monter la jeune fille dans leur voiture et de la conduire le plus rapidement possible à l’appartement secret prévu par Yad Lea’him.

En chemin, la jeune fille leur raconta ce qui s’était passé : puisque Mme D. avait affirmé au chef de la police qu’elle était persuadée qu’une jeune fille était tenue prisonnière, ce dernier avait décidé d’effectuer des recherches supplémentaires aux alentours. « A ce moment-là », rapporta la jeune fille, « on m’a soudainement convoquée auprès du directeur de la secte Brit Hayona qui était responsable de moi. En fait, cela faisait quatre mois que je n’étais pas sortie, quatre mois que je n’avais pas vu la lumière du jour et que j’effectuais de pénibles tâches jour après jour. Et soudain, sans avertissement, il m’a dit que cela valait la peine que je sorte m’aérer avec une jeune fille qui se trouvait sur place. Je suis donc sortie, sans même savoir où je me trouvais ».

Il s’avérait que la ligne de téléphone menait au domicile de deux responsables de la secte. L’arrivée de la police à la première adresse les a grandement effrayés et leur a fait craindre qu’ils parviendraient également à la deuxième, c’est pourquoi ils se sont empressés de faire sortir leur prisonnière. « Je me suis donc retrouvée dans la rue avec cette jeune fille, et tout à coup j’ai rencontré deux gendarmes ; l’un d’eux m’a informé qu’ils étaient à la recherche d’une Israélienne qui se trouvait dans les alentours. J’ai tout de suite compris qu’il s’agissait de moi et me suis identifiée. Et après quelques questions, lorsque le gendarme fut assuré qu’il s’agissait bel et bien de moi, il m’a demandé de le conduire à la maison où j’avais été enfermée ».

Il ne fallut pas beaucoup de temps à M. Lapidot pour se rendre à l’appartement secret et – sur la demande du Rav Lifschitz – interroger longuement la jeune fille sur ce qui lui était arrivé depuis son départ d’Israël. « Il se trouve que cette dangereuse secte missionnaire recherche des jeunes en détresse et les adopte en faisant semblant de leur venir en aide. L’étape suivante est le voyage en Suisse. Mais là, personne ne s’occupe d’eux, et au contraire, on les oblige à effectuer de pénibles travaux du matin au soir tout en leur inculquant des idées missionnaires selon lesquelles le salut viendra grâce à J.C. »

Dans son témoignage, la jeune fille ajouta un élément incroyable : depuis son départ d’Israël il y a quatre mois, elle était d’abord passée par Munich avant d’arriver dans une petite localité en Suisse. M. Lapidot ajouta : « Il semble que, de cette façon, ils contournent la loi interdisant à tout étranger de résider dans le pays pendant plus de trois mois ».

Lorsque Mme D. rentra chez elle après avoir accompagné la jeune fille à l’aéroport, elle reçut un message dans le répondeur de son téléphone, de la part de René Chetat, directeur de la secte à Nazareth. Le message était adressé à son mari en utilisant son prénom hébraïque (et non son prénom laïc sous lequel il figure dans l’annuaire) : « Nous savons très bien qui vous a envoyé. Si vous ne rendez pas ce que vous avez pris dans les 24 heures, nous porterons plainte à la police pour enlèvement ».

Les militants de Yad Lea’him, par l’intermédiaire de M. Lapidot, ont transmis la bande magnétique à la police qui a ouvert une enquête.
Ainsi, mardi dernier, une rencontre extraordinaire a eu lieu à l’aéroport Ben Gourion. L’équipe de Yad Lea’him et la famille de la jeune fille sont venues l’accueillir à l’aéroport, et l’organisme a affirmé que le département de sauvetage, dont les actions font suite à celles du département de lutte contre la mission et les sectes, l’a prise en charge afin de la réintégrer dans la société de façon optimale.

Les bureaux de l’organisme ont également transmis que pour le moment, il était interdit de publier les détails des faits, afin de ne pas nuire à l’enquête. En effet, les détectives tiennent à découvrir tous les filets de la secte missionnaire, et les militants utiliseront tous les moyens dont ils disposent et ne cesseront pas leurs efforts jusqu’à parvenir à mettre fin à ces odieuses activités.