Un piège cruel et une délivrance inattendue

«J’avais 12 ans quand j’ai appris que mon père n’était pas mon père. Nous vivions à Safed et je n’avais pas beaucoup d’amies. C’était très difficile pour moi. À la maison, la tension a monté peu à peu et des querelles ont commencé à éclater. Je m’enfuyais de chez moi chaque fois que je le pouvais.

Quand je l’ai rencontré, il s’est présenté comme Moshe. Il a fallu un certain temps avant qu’il s’avère qu’en réalité, Moche était Moussa… »

Miri se tait, les yeux perdus dans le vague. Une grande tristesse envahit ses traits au fur et à mesure qu’elle se remémore cette période.

« Soudain, tout a changé, j’ai eu l’impression que c’était une autre personne. Je suis devenu une servante. Je subissait des remontrances et des humiliations pour chaque petite chose.

Une année s’est écoulée. J’étais prête à accoucher, j’étais battue, blessée et endolorie mais je gardais en tête, qu’après tout, la seule personne qui s’occupait de moi, me donnait un toit et de la nourriture, c’était Moussa.

Un jour, alors que je sentais que je n’en pouvais plus, je me suis enfuie de chez moi sans même prendre le temps de me chausser. Bien sûr, il a pu me rattraper très rapidement et, rétrospectivement, je n’ai que des regrets quand je pense à cette tentative d’évasion ratée. Depuis lors, ma souffrance n’a fait qu’augmenter. Lui et ses amis me chuchotaient : «Juive maudite». Pendant tout ce temps, j’étais enfermée et je subissais des violences quotidiennes.

Environ une semaine avant mon accouchement, il a disparu. Quand j’ai voulu sortir de l’hôpital, l’assistante sociale m’a informée qu’elle ne pouvait pas relâcher une fille de 16 ans avec un bébé sans moyens de subsistance et sans toit. Moussa est soudainement arrivé de nulle part et a dit que nous irions habiter dans l’appartement de ses parents et que j’aurais donc un toit et un moyen de subsistance. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’ils ont accepté de me libérer avec ma fille.

Nous avons déménagé dans l’appartement de ses parents où je suis devenue la servante de toute la tribu …

Le salut est venu d’un endroit inattendu. Quelqu’un m’a remis le numéro de téléphone d’un jeune homme nommé Harel Hazaroni. «Il va vous aider», m’a murmuré mon sauveteur dont je ne révélerais pas l’identité.

Lorsque j’ai réussi à entrer en contact avec lui, il s’est avéré que c’était le chef de l’équipe de sauvetage de Yad Lea’him. Il était déterminé. Il m’a dit: « Ne t’inquiète pas, tu t’en sortiras, avec ta fille. » Il était tellement attentionné, j’ai fondu en larmes, enfin quelqu’un qui se souciait de moi …

Environ trois jours plus tard, j’ai soudainement reçu un appel. Harel était en ligne. Je pensais que je rêvais. « Prends ta fille et sors dans la rue » – a-t-il ordonné. « Quoi? », ai-je crié. « Moi? Quand? Et qu’arrivera-t-il si Moussa nous voit? »… Harel était serein et sûr de lui, mais sa voix était autoritaire. « Prends ta fille et sors! »

« Je pensais que je rêvais, j’ai attrapé ma fille et j’ai couru, effrayée au plus profond de mon âme. Ils étaient assis dans la voiture, au cœur du village arabe, déguisés en Arabes. Je n’en croyais pas mes yeux. Ils m’on fait monter, toute tremblante, dans la voiture. Harel m’a apaisée et m’a dit :  « Ne t’inquiètes pas, nous savons où est Moussa, il ne te suit pas en ce moment ». Nous avons roulé environ trois minutes dans le village, cela m’a semblé interminable… Tout a coup une voix a jailli de la radio : « Il est toujours sur le terrain de basket, tout va bien »… Harel a entendu cela et a souri.

Soudain, je me suis souvenue que j’avais oublié le biberon de ma fille sur la table. J’avais préparé à manger pour elle, et dans la précipitation, je l’avais oublié. J’ai paniqué . Harel m’a calmé et m’a dit que d’ici une minute, je verrais que je m’étais inquiétée pour rien.

« Quand nous sommes arrivés sur la route principale à l’extérieur du village, nous nous sommes arrêtés à coté d’une voiture garée sur le bord de la route. Tsipora, accompagnée de plusieurs volontaires, des anges, est venue à ma rencontre avec du lait maternisé, un biberon, une sucette, des vêtements et tout ce dont je pouvais rêver! Je me sentais heureuse, je revivais.

Pour mon deuxième accouchement, ce sont les bénévoles, qui entre-temps sont devenues mes plus chères amies, qui m’ont accompagnée ».

Le processus de réhabilitation a été long, mais Miri vit aujourd’hui dans son propre appartement dans le nord du pays.

Elle regarde Hila, qui a cinq ans et Tikva, qui a trois ans et demi, les serre sur son cœur et promet: « Ce seront des fillettes juives heureuses. Ce sont mes filles et celles de Yad Lea’him… »